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Maaw folo ! Les humains d’abord ! People first !
Nous sommes mille et une femmes, et deux, et trois, puis toutes les autres, femmes d’hier et d’aujourd’hui, femmes de saisons sèches et d’hivernage, femmes des années écoulées comme de celles qui vont suivre, femmes des jours qui bouillent et des nuits torrides, des mois de silence, suivis de mois de quête d’alternatives et d’enquêtes, des mois de mots dits à propos des maudits maux de la sécheresse dont celle des cœurs, des mois de pluies de mangues, d’émois de fièvre électorale et d’espoirs déçus, des mois de réflexion et de réappropriation de nos destins, des mois de propositions et de nouvelles espérances à partager, et demain, pour des semaines, des mois et des années, nous serons tout encore femmes d’action.
Que faisons-nous ?
Calmement, au niveau local et domestique,
de 1960 à ce jour,
nous surveillons le ventre fécond de notre pays, le Mali, et de notre continent, l’Afrique.
Nous nous voulons femmes de parole,
porte-parole, porte-voix ou porte-plume,
citoyennes-sentinelles guettant obstinément sur le bord du sentier
Des alternatives au chômage, à la faim, la maladie, la mort sociale, la guerre,
l’exil et le retour forcé de nos enfants devenus jetables.
Femmes ministres, femmes essayistes, femmes journalistes, femmes stylistes,
nous réécrivons notre histoire et la racontons avec nos mots.
Femmes griottes, femmes commerçantes, femmes servantes, femmes mendiantes,
femmes qui peuvent tout mais refusent d’être à tout faire !
Que voulons-nous ?
La vérité et la justice autant que l’égalité entre hommes et femmes, mais aussi entre nations.
L’ordre local et global nouveau, dont nous nous voulons les accoucheuses, garantit à toutes et à tous l’alimentation saine et suffisante (sans organismes génétiquement modifiés), le savoir, la santé, un toit, la liberté de circuler ainsi que le droit de choisir librement, non seulement, nos conjoints, nos dirigeants, mais aussi l’orientation des réformes économiques, politiques et institutionnelles afin d’en savoir les enjeux et d’en contrôler les rouages.
Femmes averties et perspicaces, nous ne sommes ni impuissantes ni résignées. Des violences du système-monde, dont l’excision économique, nous voulons rendre compte. Telles les mères poules qui ne donnent rien à consommer à leurs petits avant de les secouer, nous œuvrons pour les futures générations de femmes et d’hommes en nous saisissant des mots-clés, des énoncés et des réponses souvent erronées en vue de les reformuler. Nous agissons ainsi pour ne plus trébucher à l’heure où le ciel s’assombrit et l’horizon se rétrécit du fait des murs qui s’érigent et des camps qui s’ouvrent.
Nous l’accoucherons, ce Mali nouveau, beau et fier, dans une Afrique libérée et réconciliée avec elle-même.
Nous le pouvons, parce que nous connaissons les secrets de la conception, de la gestation, de la naissance. Nous enregistrons les soubresauts et les convulsions de la matrice, les blessures et les fragilités de la bouche qui enfante.
Nous serons les premières à recueillir ses vagissements, nous masserons ses membres, enterrerons le cordon nourricier sous le baobab, le manguier ou le figuier afin que jamais, l’arbre non plus ne meure.
Et au septième jour, septième mois, ou septième année, qu’importe, nous le nommerons et accolerons à son nom celui de « maa ou môkô », au nom du respect de la dignité humaine retrouvée !
« Maaw folo »,
« Les humains d’abord »,
« People first » !
Mars 2010.
C’est le juste moment de faire savoir au monde entier qui ne voit en nous que des femmes pauvres analphabètes, mutilées et enceintes, que nous ne sommes pas que des femmes victimes face aux bourreaux qu’il nous désigne et à nos cultures qu’il juge rétrogrades. Il nous appartient à nous et à nous seules de diagnostiquer nos maux et de forger les armes de notre combat.
Et tout cela ne fait que commencer…
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